Sortie vers Beaucaire
La question de l’heure du départ a fait couler pas mal d’encre virtuelle, ce matin-là. Heureusement, il y a WhatsApp – celui de « notre groupe des gentils » – pour trancher. Avec la canicule toujours accrochée à nos basques malgré quelques orages récents, et sachant qu’après 11 heures le soleil devient impitoyable, la décision est tombée : départ à 7 h 30, pas une minute de plus.
Comme d’habitude, je retrouve les copains sur la place du marché de Rognonas, encombrée ce jour-là par les installations de la grande soirée moules-frites organisée par la mairie, dans le cadre de la fête de la Saint-Roch (14 au 19 août 2023) – événement incontournable du village, mélange de traditions, de cavalcades et de convivialité.
Les présents ? Philippe 1, Albert, Joël et bien sûr Jacques 1, notre guide éclairé. Nous sommes peu nombreux : la double menace d’un mistral décoiffant à 50 km/h et de la chaleur suffocante a refroidi les ardeurs des autres.
Un parcours allégé s’impose, direction Beaucaire, avec retour impératif avant que le soleil n’allume son chalumeau sur nos pauvres carcasses.
Le trajet du jour : Rognonas, Frigolet, Vallabrègues, barrage de Beaucaire, abbaye de Saint-Roman, Comps, Montfrin, Aramon, retour par Frigolet et Barbentane – soit 65 km bien tassés.
Les montures et leurs cavaliers
Petite anecdote coutumière : dans notre peloton, la diversité des marques de vélos est telle qu’on finit parfois par appeler les copains par le nom de leur monture plutôt que par leur prénom. Ce matin, c’est donc Giant, Canyon, Scott et Colnago qui se tiennent côte à côte, prêts à avaler le bitume. (Photo 1).
Premiers coups de pédales
La montée de la Montagnette vers Frigolet, nous la connaissons par cœur ; nos jambes s’y ajustent comme à un vieux refrain. Puis, direction Vallabrègues, en longeant le lieu-dit « Ravin de Millet ».
Jacques, intarissable sur sa région, nous annonce un détour par des petits chemins où paissent des taureaux, dignes cousins de Camargue. Et, effectivement, au « chemin d’Artau », nous tombons nez à nez avec ces magnifiques bêtes, aux cornes impressionnantes qu’elles portent comme des trophées vivants. (Photo 2). Prudence oblige, je me garde bien de suggérer à mes compagnons une photo de trop près…
Entre ombre et lumière
À la sortie de Graveson, nous retrouvons ce chemin idyllique dont j’avais déjà parlé : bordé d’ifs, il serpente entre cultures de céréales, vergers et vignobles. Mais le plus beau est à venir : en s’enfonçant dans la garrigue qui longe un bras du Rhône, une émotion inattendue me traverse. C’est comme si nous pénétrions un paradis terrestre, une toile sortie de l’imaginaire du Douanier Rousseau. Tout ici respire l’abondance : platanes majestueux, cyprès élancés, chênes robustes, peupliers vibrants, magnolias éclatants, oliviers millénaires… une véritable cathédrale végétale.
Le barrage de Beaucaire
Sous la conduite de Jacques, nous atteignons bientôt le barrage de Beaucaire. La centrale hydroélectrique, mise en service en 1970, se dresse au-dessus, impressionnante, presque irréelle. Avec ses structures massives, elle évoque un décor de film de science-fiction. Quelques recherches m’avaient appris que le canal de dérivation s’étend sur 11 km, avec une chute d’eau de 11,3 m, produisant en moyenne 1,3 milliard de kWh par an. Des chiffres vertigineux.
L’abbaye troglodytique de Saint-Roman
Nous bifurquons ensuite vers l’abbaye de Saint-Roman, un site troglodytique unique creusé dès le Xe siècle dans la roche calcaire. Là-haut, au sommet, se cachent encore une nécropole aux centaines de tombes creusées dans le roc et les vestiges d’une fortification médiévale. Faute de temps, nous n’empruntons pas le chemin qui mène au site, mais déjà germe l’idée : pourquoi ne pas organiser une sortie cycliste dédiée uniquement à cette visite ?
Entre Rhône et Alpilles
La descente vers Beaucaire nous offre un panorama somptueux : le Rhône étincelant, les Alpilles en arrière-plan, et au loin, toute la Provence qui se déploie sous nos yeux. Puis vient la rude côte de Comps pour rejoindre Montfrin.
C’est là que notre cher Joël commence à peiner. Toujours en convalescence après la pose d’un stent, il s’accroche courageusement. Fidèles à notre devise – « les gentils ne laissent jamais personne derrière » – nous l’attendons régulièrement.
Hélas, au croisement Comps-Montfrin, plus de Joël… Persuadés qu’il est devant, nous lançons une poursuite effrénée à 36 km/h sur la route d’Aramon – moi collé dans les roues, à bout de souffle. Mais pas de trace de lui. En réalité, ne nous voyant pas, il avait préféré faire demi-tour.
Toutes nos excuses, Joël ! La prochaine fois, on fera en sorte de te garder dans notre champ de vision, foi de gentils!
Épilogue
65 km plus tard, retour au bercail, le soleil déjà haut, et la satisfaction d’avoir encore une fois mêlé effort, amitié et découverte.
À lundi prochain, pour une nouvelle escapade, toujours aussi savoureuse.
Michel H.








